Ce que l'axe Sécurité doit dire chaque matin
L'axe Sécurité ouvre l'AIC, avant la Qualité, le Coût, le Délai et le Personnel. Il répond chaque matin à deux questions : un accident est-il survenu depuis la dernière réunion ? Un presque-accident ou une situation dangereuse a-t-il été signalé ?
Pour y répondre en moins de trois minutes, l'axe doit rester simple : un calendrier du mois, un compteur, deux ou trois chiffres. Le document unique, les déclarations d'accident et les analyses restent dans leurs dispositifs propres. Le tableau d'équipe ne les remplace pas : il rend visible ce qui s'est passé et fait naître les actions.
On distingue deux familles d'indicateurs :
- les indicateurs de résultat, qui comptent ce qui est arrivé : accidents avec arrêt, accidents sans arrêt ;
- les indicateurs d'anticipation, qui comptent ce qui aurait pu arriver ou ce qu'on fait pour l'éviter : presque-accidents, situations dangereuses, actions de prévention.
Un axe qui ne suit que les accidents reste vert jusqu'au jour où il ne l'est plus. Les indicateurs d'anticipation donnent à l'équipe quelque chose à faire les jours sans accident, c'est-à-dire presque tous les jours.
Les indicateurs de l'axe Sécurité
Voici les indicateurs que l'on retrouve le plus souvent sur l'axe S, avec ce qu'ils comptent et la fréquence à laquelle on les lit. Inutile de tous les afficher : deux ou trois suffisent sur un tableau d'équipe.
| Indicateur | Ce qu'on compte | Fréquence | Règle type (exemple) |
|---|---|---|---|
| Calendrier sécurité | Un état par jour : accident ou non depuis la dernière AIC | Quotidien | Vert sans accident, rouge dès un accident |
| Jours sans accident | Jours écoulés depuis le dernier accident, avec le record atteint | Quotidien | Remise à zéro selon la règle du site |
| AAA, accident avec arrêt | Accidents ayant entraîné au moins un jour d'arrêt de travail | Quotidien, cumul mensuel | Objectif zéro, rouge dès le premier |
| ASA, accident sans arrêt | Blessures ayant nécessité des soins, sans arrêt de travail | Quotidien, cumul mensuel | Objectif zéro, rouge dès le premier |
| PSI, presque-accident | Événements qui auraient pu blesser, sans blessure | Quotidien, cumul mensuel | Pas de rouge : on vise une remontée régulière |
| Situations dangereuses | Risques repérés avant tout événement (sol glissant, protecteur démonté) | Quotidien, cumul mensuel | Suivre le délai de traitement |
| Actions sécurité en retard | Actions de l'axe S dont l'échéance est dépassée | Quotidien | Vert à zéro, rouge dès une action échue |
La liste complète des indicateurs des cinq axes, avec formule et unité, se trouve dans notre guide des 25 indicateurs SQCDP.
Les indicateurs de résultat
L'accident avec arrêt (AAA) est l'indicateur le plus grave et le moins discutable : il y a eu arrêt de travail ou non. Avec ou sans arrêt, un accident du travail doit en principe être déclaré par l'employeur à la caisse primaire d'assurance maladie dans les 48 heures, hors dimanches et jours fériés (article R. 441-3 du Code de la sécurité sociale). Seuls certains accidents bénins, sans arrêt ni soins médicaux pris en charge, peuvent être inscrits à la place dans un registre dédié, sous conditions. Le tableau ne remplace aucune de ces formalités : il rend l'événement visible à l'équipe.
L'accident sans arrêt (ASA) désigne ici un accident du travail sans arrêt de travail, qu'il ait donné lieu à des premiers soins sur place ou à des soins médicaux. C'est une catégorie de suivi interne : elle ne change rien aux obligations de déclaration. Il est plus fréquent que l'AAA et dit souvent plus de choses sur les conditions de travail au quotidien : coupures, chocs, projections.
Les indicateurs d'anticipation
Le presque-accident (PSI) est un événement qui aurait pu blesser quelqu'un et qui ne l'a pas fait : une charge qui glisse, un chariot qui frôle un piéton. Dans la norme ISO 45001, un événement qui aurait pu blesser entre dans la notion d'incident, au même titre que celui qui a blessé : l'organisme doit prévoir un processus de signalement, d'examen et d'action adapté.
La situation dangereuse est repérée avant tout événement : une allée encombrée, un carter de protection retiré, une fuite d'huile au sol. La signaler ne coûte rien. La laisser traîner peut coûter très cher.
Ces deux indicateurs ne se lisent pas comme les accidents. Un chiffre élevé peut signifier que l'équipe ose signaler ; un zéro pendant des semaines est souvent mauvais signe. Ce qui compte, c'est que chaque remontée reçoive une réponse : une action, un pilote, une échéance.
Quelle règle pour colorier la case du jour
La case du calendrier sécurité doit pouvoir se colorier sans débat. Pour cela, la règle s'écrit à l'avance et s'affiche à côté du tableau. La plus répandue tient en une ligne :
- vert : aucun accident, avec ou sans arrêt, depuis la dernière réunion ;
- rouge : au moins un accident, avec ou sans arrêt.
Certains sites ajoutent le rouge pour une situation dangereuse grave non mise en sécurité dans la journée. C'est un choix défendable, à condition de le décider une fois pour toutes. Sur les autres axes aussi, chaque seuil se fixe avant la première case.
Ce que l'équipe fait d'une case rouge
Une case rouge déclenche trois questions, toujours les mêmes : que s'est-il passé, la personne est-elle prise en charge, et quelle mesure immédiate a été prise ? L'analyse des causes se fait ensuite, hors réunion, avec un pilote et une date. L'AIC n'est pas le lieu de l'analyse détaillée. Elle vérifie qu'une analyse adaptée est planifiée ; l'arbre des causes en est une, utile quand la situation le justifie.
Le compteur de jours sans accident
Le compteur de jours sans accident est l'indicateur le plus visible de l'axe S, souvent affiché en grand à l'entrée de l'atelier. Il parle à tout le monde, mais il a deux défauts connus.
Le premier : il dépend d'une règle de remise à zéro rarement écrite. Repart-il à zéro à chaque accident avec arrêt seulement, ou aussi à chaque accident sans arrêt ? Les deux se défendent. Ce qui ne se défend pas, c'est de changer de règle en cours d'année.
Le second : un compteur élevé peut pousser à ne pas déclarer. Quand l'équipe approche du record, la tentation existe de soigner une coupure « sans en parler ». C'est pour cela que le compteur ne doit jamais être lié à une prime ou à une sanction, et qu'il doit toujours s'accompagner d'un indicateur d'anticipation.
Exemple chiffré
Voici un mois de démonstration, sur un atelier de 40 personnes, pour 21 jours ouvrés :
- 1 accident sans arrêt le 9 (coupure à la main, soins à l'infirmerie) : case rouge ;
- 0 accident avec arrêt ;
- 6 presque-accidents remontés : 4 traités dans la semaine, 2 encore ouverts en fin de mois ;
- 3 situations dangereuses signalées, toutes mises en sécurité sous 48 heures.
Le calendrier sécurité compte 20 jours verts sur 21 renseignés, soit un taux de conformité de 95 %. Le compteur repart de zéro le 9 si la règle du site inclut les accidents sans arrêt, et continue sinon. Dans les deux cas, la lecture utile n'est pas le 95 % : ce sont les deux presque-accidents encore ouverts.
Ce qui reste hors du tableau quotidien
Deux indicateurs reviennent souvent dans les échanges avec la direction et l'assureur : le taux de fréquence et le taux de gravité. Pour le suivi interne, l'INRS présente couramment les formules suivantes :
- taux de fréquence = nombre d'accidents avec arrêt × 1 000 000 / nombre d'heures travaillées ;
- taux de gravité = nombre de journées perdues par incapacité temporaire × 1 000 / nombre d'heures travaillées.
Les statistiques nationales de l'Assurance maladie reposent, elles, sur un périmètre un peu différent (les accidents ayant donné lieu à un premier règlement).
Sur une équipe de quarante personnes, un seul accident fait bondir le taux de fréquence du mois. Ces taux gagnent donc à être calculés sur une période longue, par exemple en cumul glissant sur douze mois, et examinés en revue mensuelle HSE ou avec le CSE selon l'organisation de l'entreprise. Les afficher sur le tableau du matin n'aide pas l'équipe à décider quoi faire aujourd'hui.
Les erreurs fréquentes
- Un axe qui ne suit que les accidents : il reste vert des mois entiers et l'équipe n'a rien à en dire.
- Une règle de remise à zéro jamais écrite : le compteur devient un sujet de discussion au lieu d'un repère.
- Des remontées sans réponse : elles finissent par décourager ceux qui signalent.
- L'analyse d'accident menée en pleine AIC : la réunion déborde, et l'analyse est bâclée.
Dans sqcdp.fr
Chaque case du calendrier du mois se renseigne à la main, en vert ou en rouge, selon la règle de votre équipe. Le compteur de jours sans accident se calcule depuis la date du dernier accident saisie, avec le record atteint. Chacun des quatre compteurs d'incidents (AAA, ASA, presque-accident, situation dangereuse) a son bouton « + Déclarer » : la déclaration ajoute une unité au compteur et crée une action dans le plan d'actions de l'axe S, avec son pilote, sa priorité et son échéance. Vous pouvez le voir sur la démo du tableau, sans inscription, puis créer votre tableau gratuitement.
Pour aller plus loin
- Les 25 indicateurs SQCDP, axe par axe, avec formule et fréquence.
- Exemples de tableau SQCDP dans plusieurs secteurs industriels.
- Le template SQCDP Excel gratuit, avec son calendrier sécurité à imprimer en A3.
- Le site de l'INRS, pour les définitions officielles et les démarches de prévention.
Questions fréquentes
Quel est l'indicateur principal de l'axe Sécurité ?
Le calendrier du mois, une case par jour : verte si aucun accident n'est survenu depuis la dernière AIC, rouge sinon. Il s'accompagne en général du compteur de jours sans accident et du nombre de presque-accidents remontés.
Un presque-accident doit-il rendre la case rouge ?
Non, en règle générale. Un presque-accident remonté est une information précieuse, pas un échec. Si la remontée colore la case en rouge, les équipes cesseront de signaler. On le compte à part et on vérifie qu'il est traité.
Faut-il afficher le taux de fréquence sur le tableau SQCDP ?
Pas sur le tableau quotidien. Il n'est stable que sur un grand nombre d'heures travaillées, par exemple sur douze mois glissants. Sa place est la revue mensuelle HSE, pas l'AIC du matin.
Quand remettre à zéro le compteur de jours sans accident ?
Selon la règle que le site a écrite : le plus souvent à chaque accident avec arrêt, parfois aussi à chaque accident sans arrêt. L'important est de fixer la règle une fois pour toutes et de l'afficher à côté du compteur.
